Une sœur

Le lecteur bédéphile lira aujourd’hui un roman graphique d’une subtilité rare et une véritable ode aux vacances. Dans Une sœur,  on suit Antoine l’été de ses 13 ans. Accompagné de ses parents et de son petit frère, le jeune ado solitaire, renfermé et porté sur le dessin va voir son quotidien complètement chamboulé par l’arrivée d’Hélène, de trois ans son aînée, fille magnifique et ultra charismatique. Entre les deux ados commence alors une danse entre amitié complice et amour naissant.

L’auteur, Bastien Vivès, (Polina, Last man…) a l’art de croquer en un rien de temps les turpitudes des humains avec une grâce, un génie et une retenue qui confinent au génie. Son dessin et ses personnages sont d’une justesse ahurissante. Les deux êtres se cherchent, sont a la lisière de l’âge adulte et utilisent leurs vacances afin d’expérimenter toute sorte de limites avec l’inconscience inhérente à leur âge.

Les portraits dépeints ne sont ainsi jamais complaisants, on y explore à la fois les joies mais aussi les peines (dangers ?) que la liberté peut apporter. Entre des bêtises qui n’en sont pas vraiment, l’éveil à l’intimité et l’adieu progressif au monde de l’enfance, on pourrait se demander où sont les parents. Mais ici le monde des adultes ne contrebalance pas le récit. Il reste en arrière plan et on ne sait rien de leurs histoires, tout se passe à hauteur des deux adolescents qu’on ne lâche pas d’une semelle. Leurs regards lors de scènes de repas sont ainsi éloquents. Une multitude de pensées et une palette d’émotion infinie se déroule alors que l’on entend des bouts de conversation absconses sans queue ni tête venant de la part des parents.

Le dessin, sans être ultra précis dit tout en deux coups de crayon. Grâce à des abstractions très épurée on a l’impression que les personnages sont saisis dans leur mouvement.  L’effet donné est parfait pour ce genre de scénario car le spectateur est projeté dans les personnages. A travers leurs mouvements et leurs gestes, on ressent les tensions, les enjeux et les désirs des protagonistes sans que jamais nous n’ayons toutes les clés de compréhension. C’est à nous de les personnifier.  Cette BD  (quand même destinée aux adultes) est ainsi le véhicule idéal  afin de se rappeler et nous interroger sur le comment et le pourquoi  de nos premiers émois.  Et puis…quel talent incroyable pour dessiner les jolies filles.