Titan

Lorsque François Vigneault  s’attaque à la lutte des classes dans l’espace, le lecteur bédéphile se retrouve avec un scénario de science-fiction bien ficelé et inattendu qui dépoussière (un peu) le genre. Première BD pour un jeune auteur à surveiller, donc.

  1. Pour fournir l’énergie nécessaire aux milliards d’êtres humains vivant sur Terre, on a envoyé des navettes et des croiseurs intersidéraux aux quatre coins de la galaxie afin d’implanter des colons (génétiquement modifiés) sur chaque planète plus ou moins habitable. Or, les grosses compagnies (sans cesse avides de rentabilité) qui exploitent les ressources ont tendance à abandonner à leur triste sort ces colonies, au risque de mettre à la rue des milliers de Titans. Ces derniers, véritables monstres humanoïdes de trois mètres de haut et ouvriers colossaux spécialisés dans le sale boulot, ne l’entendent pas de cette oreille et commencent à demander des comptes. Commence alors pour Joao, administrateur censé pacifier et sécuriser la zone, une tâche éminemment délicate.

Cette bonne BD SF rappelle un peu dans la forme, un bon vieux film des années 70. Dans cet  univers il n’y a pas nécessairement de pistolets lasers, ou de super ordinateurs ultra sophistiqués ayant leur propre intelligence, ni même d’hologramme en 3D plus vrai que les originaux. Ici on a affaire à des machines à la mécanique rouillée qu’on répare avec du « duck tape ». Les aciéries dégagent une fumée violette et les accidents dus à la vétusté des machines sont légions. D’ailleurs les Titans reviennent des usines les mains pleines de cambouis et ils rêvent à la liqueur infecte qui leur sert de whisky après une journée de travail ardue. Cette BD interstellaire reste donc à hauteur d’homme et sert de support à des préoccupations réelles bien actuelles. Ici le cœur du problème est plus politique et l’univers dépeint est presque crédible. De grandes compagnies qui réalisent des profits en utilisant la nature sans protection pour ses employés, on a déjà vu ça.

Le petit plus ? Un véritable voyage musical puisque Titan se  divise en douze chapitres pour douze chansons, chacune ayant un rapport avec le thème dudit chapitre. Donc, non seulement on a droit à une bonne BD, mais en plus celle-ci s’accompagne de très bonnes suggestions d’écoute. Si vous êtes en panne d’inspiration et que votre I-Pod répète indéfiniment les mêmes morceaux depuis 2006, cette belle petite surprise saura vous combler à plusieurs niveaux.