Longs cheveux roux

Il y’a d’abord les longs cheveux roux qui roulent en cascade le long de la première de couverture. Ensuite, devant ce fond flamboyant on devine deux visages dont les regards semblent se perdre dans deux directions opposées. Ces faces sont toutefois identiques et paraissent appartenir à la même personne, preuve en est, elles sont issues du même corps, du même tronc. Ouvrons le livre et tournons maintenant les pages pour entrer dans l’univers intimiste et foisonnant d’inventivité de Meags Fitzgerald.
 
« Longs cheveux roux » raconte ainsi la recherche intérieure d’une jeune femme vers son éveil à la sexualité. Une démarche vraiment pas évidente (tant elle semble être très personnelle) qui nous passionne grâce à un soucis du détail véhiculé dans un dessin d’une rare intelligence. Ici, pas un trait, pas un choix de couleur, pas une audace de mise en scène qui ne soient porteurs de sens. Tout sert le propos et impose au lecteur sa propre réflexion sur ce qu’il lit. Servie en cela par une écriture toute en finesse, jamais moralisatrice ni condescendante, Meags Fitzgerald nous bouscule dans nos préjugés en insufflant une humanité, une beauté et un amour à ses personnages d’une façon très délicate absolument remarquable.
 
En fait, le récit consiste simplement à nous narrer des saynètes du quotidien tout à fait banales, qui servent sans que l’on s’en rende compte, un propos beaucoup plus large. La visite d’un ami de la famille, une confidence adolescente, des jeux d’enfants qui jouent à faire semblant, un livre lu qui change les perspectives, une télé-série qui présente des héroïnes proches de certaines réalités ignorées du grand public…Toutes ces données anodines impactent la manière dont nous vivons nos constructions de genre et la manière dont la société entre (ou non) en contradiction avec nos choix et façons de vivre. Le talent de Meags Fitzgerald résidant dans le fait  de nous faire ressentir émotionnellement le parcours d’une jeune fille dans sa propre acceptation de ses choix amoureux qui ne sont pas dictés par la norme. Place des femmes dans la société et représentations sociétales dans la culture populaire sont donc au cœur de ce roman graphique aussi riche que sensible. Dense et fort.