Gus T.4

Une nouvelle bande dessinée de Christophe Blain est un évènement en soi. Alors quand l’auteur de « Quai d’Orsay » revient aux affaires avec sa série phare, on salive à l’idée de retrouver nos « beaux bandits ». Le verbe affuté, leurs colts chargés et leurs questionnements existentiels tour à tour cocasses, loufoques, sublimes ou absurdes signent l’arrivée attendue du quatrième tome du western  « Gus ».

Mais c’est qu’ils vieillissent nos héros ! Les dernières aventures de Gus, Clém et Gratt remontent déjà à 2008. Une paye dans le milieu du banditisme. Après une ouverture de haute voltige en compagnie de Gus braquant un train lancé à vive allure (gare aux branches), l’intrigue se déplace vers Clém pour ne plus le lâcher. On le retrouve à San Francisco où, en bon père de famille régnant sur sa fortune, il couve d’un œil pépère sa fille Jamie (maintenant âgée de 12 ans et qui lui ressemble de plus en plus…) et sa femme Ava, lancée dans la production écrite de romans à l’eau de rose. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes sauf que le diable de la cavale et l’adrénaline du vice viennent en personne perturber le calme relatif du grand Clém. Accompagné d’un mystérieux peintre borgne expert en dynamite (mélomanes déglingués, ce personnage est pour vous)  et avec la complicité d’un Gratt encore plus paumé qu’à l’accoutumée, c’est toute l’envie de vivre plus intensément qui tempête sous le crâne du grand bandit roux. Le braquage de banque à ses vertus dont il est difficile de se défaire et Clém se révèlera alors plus complexe et plus fragile que jamais. Car marié et père d’une petite fille à qui il manque, il sait que les cabrioles de sa jeunesse sont derrière lui. L’âge avance et avec lui une réduction binaire des possibles. A l’Ouest sauvage des grands espaces on vit fort mais dangereusement, à l’Est civilisé et urbain on capitalise et on prend du bide.

Tout est réunit donc pour une nouvelle épopée haute en couleur, gorgée de dialogues savoureux et servie par des personnages parfaits (Ce sheriff !). Les codes du western sont compris, détournés et réinterprétés de sorte à donner une hilarante densité spirituelle à l’ensemble. On navigue donc sans cesse entre le sérieux du genre et la pantalonnade graphique faussement déstructurée car parfaitement maitrisée. Un peu comme si Clint Eastwood travaillait avec Frank Zappa.