Groenland Vertigo

Amateurs (trices) de Tintin, la lecture de Groenland Vertigo devrait venir titiller votre curiosité. Car autant le dire tout de suite, nous avons affaire ici à un hommage appuyé à l’œuvre d’Hergé, Tanquerelle allant jusqu’à utiliser la même typographie que celle utilisée par le génie belge.

Mais là où Tintin est un aventurier que rien n’arrête, le héros de Groenland Vertigo (un bédéiste victime du syndrome de la page blanche) ressemble plus à l’antithèse du journaliste à la houppette. Trouillard, maladroit et même un peu lâche par moments, Georges collectionne les tares et c’est avec délectation et plein d’empathie qu’on le suit dans une aventure complètement délirante par moins 30°C. Une aventure qui commence par un simple courriel envoyé par un mystérieux marin l’invitant à embarquer sur l’Aurora (vous l’avez ?), grand bateau battant pavillon Danois, direction le Groenland.
Le but ? Participer à une expédition mêlant scientifiques de renom et artistes de haut vol dont le point d’orgue sera de poser sur un glacier une monumentale œuvre d’art éphémère censée dénoncer la folie  carnassière des grandes compagnies pétrolières.  Un point de départ loufoque donc, qui permet à l’auteur de s’amuser et d’aller à fond dans la caractérisation de personnages truculents absolument hilarants. Entre des marins Danois bourrus plus à l’aise sur l’eau que sur route, un aventurier-écrivain-alcoolique (cousin pas si éloigné du capitaine Haddock) ou un artiste contemporain irascible, colérique et paranoïaque se fâchant en allemand, le voyage contient de beaux  échanges fleuris absolument délicieux.

Or, malgré tous les trésors d’imagination que les personnages déploient pour faire n’importe quoi, on n’oublie pas que l’histoire se passe à des latitudes invraisemblables et que le paysage suscite une admiration qu’il serait dommage de rater. Heureusement que l’auteur nous laisse souffler et dose son récit très drôle en distillant quelques plans magnifiques de ce coin du globe. On frôle parfois à ce sujet le roman graphique et la ballade n’en est que plus belle.

Groenland Vertigo est donc unique en son genre dans le sens où Tanquerelle s’affranchit de toutes ses influences évidentes et aux codes inhérents à cette manière de concevoir la BD Franco-belge. Entre un hommage Tintinophile érudit et une parodie respectueuse des récits de grands explorateurs, l’auteur amène la ligne claire vers d’autres horizons. Un récit adulte à l’humour décalé dans lequel nos attentes sont systématiquement brisées pour mieux nous surprendre par la suite. Typiquement le genre de BD intemporelle.