« Police lunaire »

Après « Vous êtes tous jaloux de mon jetpack », nous attendions fébrilement la nouvelle production de Tom Gauld. Et nous n’avons pas été déçus.

Un type est sur la lune pour y faire la police. Or il ne se passe jamais rien sur la lune. Les seules distractions pour un policier local sont rares. A part un distributeur de beignets qui ne marche pas, un chien à sa mémère qui se perd, ou encore la gamine du coin qui fugue, (Mais où fuguer quand tu es sur un caillou au milieu de l’espace ?) notre héros a largement le temps d’errer sans but précis à travers les espaces infinis.

Les quelques habitants que l’ont croise ont tous l’air de planer au dessus de toute contrariété, chacun vivant dans sa bulle que rien ne peut troubler. Une bulle, par ailleurs physique, puisque pour aller dehors et respirer, on s’installe réellement une bulle d’air sur la tête (logique, on est dans l’espace). Dans cet univers, la vie elle-même est comme mise sous verre, l’extérieur étant dangereux. Il semble que les quelques protagonistes lunaires vivent donc leur petit train-train quotidien en rêvant d’un ailleurs et notamment d’un retour à la terre.

Il y a donc une tendresse presque mélancolique qui se dégage de cet album très peu bavard, véritable ode à la contemplation et à la prise de recul. Nous sommes tour à tour amusés, interpellés ou émus par cette petite bande dessinée bien plus maligne qu’elle en a l’air. Avec ses traits simples et ses couleurs monochromes (variations sur le bleu, blanc et noir), Tom Gauld va à l’essentiel de son propos. A savoir, un véritable petit bijou de poésie qui interroge sur le sens que l’on donne à notre réalité du monde et à ce que l’on y fait.

Car dans un monde où des institutions extérieures font disparaitre du paysage des lieux de vie sans consulter qui que ce soit, où des immeubles se sectionnent quand les locataires partent et où des robots viennent psychanalyser les habitants d’une façon complètement arbitraire, il y aurait certainement quelques parallèles à faire. Les grands rêveurs seront ravis car finalement, c’est encore une fois par le partage avec son voisin, dans la relation à l’autre et dans les lieux de rencontre vers autrui que l’identité se forge. Une BD lunaire qui exhorte ainsi à sortir de chez soi, et à rêver plus loin que le bout de son nez.


Police lunaire
Tom Gauld
Alto
22.95 $