« L’homme qui tua Lucky Luke »

D’abord, il y a cet éclair qui zèbre le ciel. On devine le grondement du tonnerre, la pluie s’en vient et des forces telluriques vont s’abattre sur Lucky Luke, héros absolu et personnage iconique majeur de la BD, planté bien droit dans ses bottes, poncho piqué Clint Eastwood sur les épaules, prêt à faire feu dans la rue principale.

Et puis on ouvre le livre et immédiatement nous sommes frappés par l’audace visuelle et narrative qui se dégage des nouvelles aventures de l’homme qui tire plus vite que son ombre. Quatre premières cases hallucinantes qui embarquent directement le lecteur dans l’histoire et nous fait comprendre la profession de foi de l’auteur. Ici, pas de place à la nostalgie, on tue l’icône pour réinventer le personnage tout en en comprenant et en respectant l’origine et le travail de ses créateurs. Preuve en est, il y a un côté humoristique qui tranche systématiquement avec le sérieux ou le tragique de certaines situations. Le trait se fait plus moderne et dynamique quand l’usage des couleurs vives et contrastées fait plonger notre attention dans l’œuvre. Le cow-boy solitaire, tout en classe et en charisme qui se dirige inexorablement vers de nombreux problèmes a un air plus sérieux, plus dur que ce que l’on connait de lui. Ici on a affaire à un Lucky Luke plus adulte, plus humain, plus proche de nous.

L’histoire somme toute assez simple (Un gang de truands dans une ville perdue, des citoyens apeurés demandant une aide providentielle, des indiens qui regardent tout de loin) nous emmène dans un univers de western absolument jouissif. Nous sommes en plein fantasme de cinéma. Chaque cadrage renvoie au meilleur de genre et lire « L’homme qui tua Lucky Luke » devient presque une expérience sensitive. On entend l’harmonica durant cette séquence de duel. On sent le vent dans la plaine. On respire l’odeur de boue mêlée aux essences de whisky dans les saloons. Le titre, emprunté au 7e art (voir L’homme qui tua Liberty Valance), l’associé de Lucky Luke et sa tronche de Robert Mitchum ainsi que quelques autres références que les amateurs se délecteront de chercher confirment la connaissance de l’auteur pour son sujet. Bonhomme est réellement la personne indiquée pour ce genre de boulot, et les lecteurs et lectrices de Texas Cow Boys ne s’y étaient pas trompés. Lucky Luke est bien de retour, et c’est pas (que) pour rigoler.

Promesse tenue.


L’homme qui tua Lucky Luke
Matthieu Bonhomme
Lucky Comics
26.95 $