« Errance en mer rouge »

La bande dessinée d’aujourd’hui est une invitation au voyage. Un voyage au-delà de ses préceptes, au-delà de ses visions du monde. Le dépaysement est total et le héros de cette aventure si proche de nous verra ses conceptions êtres totalement chamboulées, remises à plat dans une véritable errance hors du commun. C’est une histoire en partie vraie, celle de Tom, professeur d’arts plastiques dans un secondaire Français dévasté par le décès prématuré de sa femme. Afin de se reconstruire, fuir sa peine et se réinventer, cet homme s’en va prendre un poste en Afrique, direction Djibouti. Un bout de terre perdue entre le Moyen-Orient et l’Afrique. Un pays de contrebandiers, de pirates, d’aventuriers, de chercheurs de trésors, un pays où le commerce se fait kalachnikov en bandoulière, où les hommes ont un passé lourd et le visage lacéré par la chaleur, le sable et une vie harassante de baroudeurs.

L’appel de l’aventure, la vrai, est trop forte. Une aventure motivée par Fred, un homme étrange, un peu voyou, un peu pirate, un peu gangster et un peu poète. Ce grand amateur des récits d’Henry de Monfreid entrainera Tom au cœur même d’une quête invraisemblable. Deux hommes que tout oppose et pourtant si proches se verront happés par l’appel de la mer. L’appel du large, du danger, d’une vie sans repos, une vie en mouvement sans cesse à l’épreuve de soi qui contraste avec l’existence terne et grise menée par le commun des mortels. Ces deux héros en perpétuelle besoin de liberté et d’absolu ont ainsi tout à gagner et rien à perdre.

En lisant cette œuvre singulière, on pense en premier lieu à Hugo Pratt et son alter ego Corto Maltese. On y suit des aventures de pirates au bord du monde, loin du confort occidental et dessinées de main de maitre dans un style organique. Pas de Photoshop, pas d’ordinateurs dans cette BD d’un autre temps. Régal pour les yeux, les aquarelles sublimes de détails et de couleurs nous saisissent le corps et remuent les tripes des amateurs de voyages. Agencée d’une manière déconstruite mais parfaitement maitrisée, on ne s’étonne pas de voir au cours de la lecture une photo, un passage d’un livre, une ébauche de croquis. Comme si la manière de nous raconter cette histoire se faisait à l’image des personnages. Hors des cadres, hors du temps, repoussant les limites de leurs peurs et de leurs vies.